Bruxelles, 06-12 avril 2026 / 441
Il y a un siècle… 8 avril 1926 : naissance de l’éditeur (à 19 ans…) et écrivain français Jean-Jacques Pauvert. (à parcourir, son “Anthologie historique des lectures érotiques. De Gilgamesh à Saint-Just. De -2000 à 1790”, éditions Stock/Spengler, 1995)
# “Elle s’affirme, dès l’origine, comme un outil de révolte contre le pouvoir établi.” Son panorama historique est condensé dans “La littérature érotique”, publié en septembre 2000 chez Flammarion, dans la collection de poche “Dominos”. Extraits.
# “Est dite juridiquement « érotique », pendant longtemps en Occident, toute littérature : « 1) qui outrage les bonnes mœurs (et/ou, pendant quelque temps, la religion) ; 2) dont l’intention “évidente” est d’exciter les passions sensuelles ; 3) qui nie “les principes fondamentaux de la morale sociale, familiale ou individuelle” (jugement Sade, 1955) ; 4) dont le langage, les tableaux, descriptions, etc., sont “indécents”, “pornographiques”, “grivois” ou “obscènes” (ou tout autre qualificatif correspondant à l’impression produite). (…) »
# “Le noyau littéraire occidental : la Grèce antique.” « (…) Comme le célèbre Sotadès, poète grec du 3ème siècle av. J.-C. (…) qui a une telle réputation de son vivant que, jusqu’à la fin du 19ème siècle, en Occident, toute littérature érotique est qualifiée de sotadique. (…) Une part de l’intérêt que nous portons au théâtre d’Aristophane (vers -400) tient à cette tradition populaire qu’il représente, en tout cas dont il s’inspire (…). Lysistrata, par exemple, est bien un chef-d’œuvre érotique de l’Antiquité (…). Son sujet tourne entièrement autour du sexe (…). Pour mettre fin à la guerre, les femmes d’Athènes se groupent et décident la grève de l’amour. D’où de nombreuses allusions grivoises, qui mettent le public en joie. (…) »
# “À partir de 1945, la donne change peu à peu.” « (…) Chez les alliés anglo-saxons, de nouvelles générations pèsent de plus en plus fortement sur leur carcan puritain. (…) En France, une étape importante sera l’« affaire Sade » » : en 1947, un jeune éditeur, un peu inconscient, se livre à une provocation inouïe. Il inaugure la publication des Œuvres complètes de Sade, (…) par la mise en vente de l’Histoire de Juliette. Pour la première fois au monde, un nom d’éditeur et une adresse figurent sur cette œuvre infernale. Les détails du procès, qui va durer 9 ans, importent peu. Jean-Jacques Pauvert subira perquisitions et tentatives de saisie, mais poursuivra ses mises en vente. Quand il aura achevé ce travail, en 1955, le premier jugement prononcé sera d’une grande sévérité : destruction des ouvrages et amende écrasante. (…) En 1958, le jugement d’appel fait sensation : en résumé, il transforme la destruction des ouvrages saisis (très peu, en fait) en dépôt à la Bibliothèque nationale, ordonne le sursis à l’amende (…). Ainsi, (…) la cour d’appel réduit à peu près à néant les attendus “moraux” de la première instance, et laisse la porte ouverte à de nouvelles rééditions de Sade. J.-J. Pauvert, qui n’a d’ailleurs pas cessé de réimprimer ces ouvrages, est relaxé en fait, et Sade se trouve réintégré dans la librairie courante. (…) »
# “L’érotisme, l’an 2000, et après…” « (…) La manière de lire change avec les siècles. À qui viendrait-il à l’idée, aujourd’hui, de déclarer “pornographique” Nana ou La Terre de Zola ? Pourtant, une grande partie de l’Occident trouvait cette classification toute naturelle vers 1880. (…) »
# Pour la petite histoire, en 1945, le premier auteur qu’il publia fut l’écrivain et philosophe… Jean-Paul Sartre ! ***


