Occident – 03-09/07/2023

Janvier 2019, Recep Tayyip Erdogan s'adresse aux membres de son parti AKP devant deux portraits géants : lui-même et Mustafa Kemal Atatürk. AFP

# « La Turquie profondément polarisée qui se profile pour l’après-28 mai risque d’illustrer la ligne de faille entre Occident libéral et Orient autoritaire (Gilles Kepel, politologue français, spécialiste de l’islam et du monde arabe). Recep Tayyip Erdogan (RTE) a été élu pour un troisième mandat présidentiel de 5 ans. (Europe 1 +Le Soir )

# Journaliste en Turquie, Nicolas Cheviron et le géographe/turcologue Jean-François Pérouse (ex-directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul) ont signé, en 2016, la biographie “Erdoǧan. Nouveau Père de la Turquie ?” (éditions François Bourin, Paris) : « (…) Contrairement à bien des apparences et au risque de choquer une partie des adeptes de Mustafa Kemal Atatürk (…), il nous apparaît que RTE s’inscrit à bien des égards dans la continuité du père fondateur de la Turquie. (…) D’ailleurs, son obsession de l’horizon 2023 – centième anniversaire de la République turque – traduit bien sa volonté de prendre place dans la grande histoire républicaine au même titre, voire un peu plus, que le père fondateur. RTE se voit en père refondateur de la République turque, comme l’expression “Nouvelle Turquie”, (…) semble le suggérer. Un nouveau “père des Turcs” en somme. (…) Si, au début de sa carrière, le jeune politicien s’est autorisé des critiques publiques du père fondateur, une fois devenu lui-même partie prenante du système et installé dans l’appareil d’Etat, il a manifesté de la déférence pour celui qui a institué la République turque. (…) Certes, d’innombrables différences séparent l’ancien et le nouveau maître de la Turquie. (…) Erdoǧan n’est pas un militaire haut-gradé séduit dès son plus jeune âge par les lumières de l’Occident. Il n’est pas aussi occidental qu’Atatürk par ses origines et sa formation intellectuelle ou spirituelle. (…) Atatürk parlait et lisait plusieurs langues occidentales, alors qu’Erdoǧan a besoin de ses enfants ou de ses proches conseillers pour accéder au monde non turc. (…) » (Revue internationale et stratégique -IRIS+La Découverte +IFEA +Babelio +EHESS )


# “La Turquie est forte de sa position géostratégique qui lui permet de protéger le flanc sud-est de l’Alliance atlantique, dont elle constitue la deuxième armée en termes d’effectifs après les Etats-Unis.” Dans la revue de l’Institut MappaMundi (Paris), long entretien avec l’analyste géostratégique Ana Pouvreau, spécialiste des mondes turc/russe : « (…) Dans la guerre en Ukraine, la Turquie a voulu se poser en puissance médiatrice. (…) [elle] dispose d’un atout de poids: celui du contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles (…). Les accords de coopération militaire signés avec l’Ukraine en 2020 ont permis de renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays en vue de contrebalancer la domination de la Russie dans la région de la mer Noire. En effet, depuis l’annexion de la Crimée par la Russie [2014], la Turquie dénonce avec véhémence les intentions russes de transformer la mer Noire en « lac russe », (…). Dans ses rêves de grandeur retrouvée pour son pays, le président turc perçoit la Turquie comme une future grande puissance (…). Le rapprochement de la Turquie à la fois avec la Russie et la Chine est la conséquence de ses relations tendues avec l’Occident. (…) On voit bien désormais que la Turquie compte sur la Russie et sur la Chine pour créer de nouveaux pôles de puissance sur l’échiquier mondial. Cette tendance vient défier l’hégémonie américaine. (…) C’est « l’appel de la steppe » qui incite Erdoǧan à se projeter vers l’est, vers le Caucase puis vers l’Asie centrale. (…) »  (Blog géopolitique Ana Pouvreau) ***

Bruxelles, 03-09 juillet 2023 / 343

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