Bruxelles, 24-30 novembre 2025 / 427
# “La Défaite de l’Occident” d’Emmanuel Todd : à lire ou pas ? (regards.fr ) Chaque essai de cet historien et anthropologue/sociologue est source de polémiques. Dans celui-ci, de 350 pages, paru chez Gallimard en janvier 2024, il prédit la victoire de la Russie de Poutine sur l’Occident libéral, “désindustrialisé et « nihiliste », affaibli par le déclin du protestantisme“. Il est vrai que cet ouvrage, si défaitiste pour le monde occidental, a reçu un bon accueil dans la presse officielle russe… Trois extraits. (emmanueltodd.substack.com +Fondation Res Publica -Paris)
# “Qu’est-ce que l’Occident ?” C’est le titre du chapitre 4 : « (…) Son poids, démographique ou économique, sept à dix fois supérieur à celui de la Russie, son avance technologique, sa prédominance idéologique et financière héritée de l’histoire économique des années 1700-2000 nous amènent inévitablement à émettre l’hypothèse que sa crise est la crise du monde. (…) A l’origine et au cœur du développement occidental, on ne trouve pas le marché, l’industrie et la technique, mais, (…) une religion particulière, le protestantisme. (…) Si, (…) le protestantisme a bien été la matrice du décollage de l’Occident, sa mort, aujourd’hui, est la cause de la désintégration de celui-ci, et plus prosaïquement de sa défaite. (…) »
# “Max Weber [sociologue allemand, 1864-1920] qui plaça la religion de Luther et de Calvin à la source de ce qui apparaissait à son époque comme la supériorité de l’Occident.” « (…) le protestantisme alphabétise par principe les populations qu’il contrôle parce que tous les fidèles doivent accéder directement aux Écritures saintes. Or, une population alphabétisée est capable de développement technologique et économique. La religion protestante a modelé, par accident, une force de travail supérieurement efficace. En ce sens, l’Allemagne a été au cœur du développent occidental, même si la révolution industrielle a eu lieu en Grande-Bretagne, et même si le décollage final le plus spectaculaire a été celui des États-Unis. Si l’on ajoute la Scandinavie, protestante et tôt alphabétisée, nous obtenons la carte du monde le plus avancé à la veille de la Première Guerre mondiale. (…) »
# “Les deux Occidents.” « (…) une définition large en termes de décollage éducatif et de développement économique. Cet Occident-là comprendrait, si l’on s’en tient aux grands pays, aux côtés de l’Angleterre, des États-Unis et de la France, l’Italie, l’Allemagne et le Japon. C’est l’Occident actuel des politiques et des journalistes, celui d’une OTAN élargie au protectorat japonais. L’autre définition possible, plus étroite, prend pour critère d’inclusion une participation à la révolution libérale et démocratique. Nous obtenons alors un club plus sélect qui ne compte plus que l’Angleterre, les États-Unis et la France. (…) L’Occident au sens large n’est donc pas historiquement “libéral” puisqu’il a aussi engendré le fascisme italien, le nazisme allemand et le militarisme japonais. (…) »
# “La défaite de l’Occident, c’est fondamentalement celle du monde anglo-américain.” De son entretien avec le quotidien, ancien journal officiel du Parti communiste français, L’Humanité daté du 22 février 2024 : « (…) Je décris un Occident divers, avec un pôle libéral et un pôle non libéral. D’un côté, l’Occident étroit qui a inventé la démocratie libérale constituée de l’Angleterre, des États-Unis, de la France. De l’autre, un Occident plus vaste avec l’Italie et l’Allemagne, si l’on s’en tient à l’Europe, où les structures familiales et les traditions politiques sont plus autoritaires. (…) Mon livre comporte un chapitre sur l’Angleterre dans lequel je décris une classe dirigeante en décomposition. C’est la mère des États-Unis, qui a servi de modèle à leur classe dirigeante impériale. (…) » (Merci à Federica) ***


